Café littéraire tandem : traduction littéraire

De gauche à droite : Claire Varin, Hugh Hazelton, Élizabeth Robert, Aimée Dandois,
Joël Des Rosiers, Leslie Piché, Denis-Martin Chabot, Diane Descôteaux,
Marie-Soeurette Mathieu et Nancy R. Lange (tous membres de l'UNEQ, sauf Élizabeth).
Photos : Richard A. Warren.

DERNIER CAFÉ LITTÉRAIRE DE LA SÉRIE «TANDEM» : LA TRADUCTION LITTÉRAIRE

Résumé – Entretien avec le poète Joël Des Rosiers (prix Athanase-David 2011 du Gouvernement du Québec, pour l'ensemble de son oeuvre) et son traducteur littéraire Hugh Hazelton, à qui l'on doit la traduction du recueil de poésie Vétiver (prix de traduction littéraire du Gouverneur général).

Lien vers un cours sur la traduction du recueil Vétiver.

http://www.ubc.ca/okanagan/critical/__shared/assets/Veviter3123.ppt

Compte-rendu de l'entretien avec Joël Des Rosiers et Hugh Hazelton, par Élizabeth Robert

Suite à une première partie, m’a-t-on dit, bien amorcée, Joël Des Rosiers, Hugh Hazelton et moi sommes rapidement entrés dans le vif du sujet : le travail du traducteur dans ses rapports avec l’auteur, le texte et les lecteurs.

Relation avec l’auteur
Hugh a confirmé qu’il ne traduit que des auteurs pour lesquels il sent une affinité, souvent vivants, et avec lesquels il a des échanges à divers stades de la traduction de leurs œuvres. Dans le cas de Joël, leur complicité remonte aux lectures formatrices d’Aimé Césaire, puis au temps des collaborations à la revue multilingue d’Edgar Gousse dans les années 1990, Ruptures, à laquelle Joël et Hugh ont tous deux participé à titre d’auteurs et de traducteurs. Ainsi avons-nous appris que Joël a traduit pour cette revue une auteure américaine. Cette expérience lui a permis de bien saisir le travail de traduction et c’est pourquoi il s’est souvent retenu de donner des indications trop précises en terme de mots à utiliser. Il a plutôt cherché à laisser libre cours à la créativité du poète-traducteur. De son côté, Hugh a confirmé chercher à rester le plus fidèle au langage et à la rythmique de l’auteur, une technique asservie par les lectures mutuelles à haute voix. C’est à ce moment qu’on a entendu la première lecture tandem en anglais et en français d’un texte de Vétiver, bien appréciée du public.

Relation avec le texte
L’extrait lu a permis d’identifier une réalité importante de la traduction, les difficultés de rendre plusieurs sens en passant d’une langue à l’autre (par ex. les serres > greenhouses et non claws). On a alors discuté des raisons qui poussent un traducteur à choisir un terme plutôt qu’un autre, à préconiser une image au détriment d’une autre et à parfaire sa connaissance du vocabulaire de l’auteur. Ici en particulier, Hugh s’est imprégné du vocabulaire botanique de Joël et a cherché à rendre son langage littéraire. La lecture d’un deuxième extrait distinct a permis de découvrir qu’il arrive parfois que l’on trouve le phénomène contraire : des perles de traduction. C'est-à-dire, lorsque la langue d’arrivée (ici, l’anglais) permet de créer une double image, ou un champ lexical, une allitération ou une assonance qui sert le texte agréablement, alors que cela n’était pas présent dans la langue de départ (ici, le français).

Ces termes de traduction, langue de départ > langue d’arrivée, ont permis d’ouvrir la discussion sur le voyage, l’exil, le déplacement et la mouvance, qui, pour Joël, sont très importants dans la littérature. Pour lui, écrire relève du bilinguisme, car on parle une langue maternelle, mais on écrit une langue « paternelle », une langue autre que celle du langage courant.

Le public a alors posé des questions sur la clarification de ces termes pour ensuite demander au traducteur s’il avait lui-même un vocabulaire ou une signature littéraire propre. Hugh Hazelton a-t-il une signature poétique dans les textes qu’il traduit ? Le traducteur a répondu par la négative. Selon lui, il s’adapte au style de l’auteur, qu’il s’agisse de poésie, de prose poétique ou d’un roman. Il réitère qu’il ne traduit que des auteurs qui lui parlent et des textes qui l’inspirent. Élizabeth Robert, collègue et ancienne étudiante du professeur de langue moderne, affirme toutefois, « qu’on dénote chaque fois un sens aigu de la poétique et du rythme dans les traductions de Monsieur Hazelton. Une réalité qu’il a été possible d’observer chaque années lors des activités de Words on the Move / Mots en mouvement de l’Association des traductrices et traducteurs littéraires du Canada. »

Relation avec les lecteurs
Élizabeth a ensuite abordé la relation du traducteur et de l’auteur avec les lecteurs et l’édition en demandant comment avait débuté ce projet de traduire Vétiver vers l’anglais. Hugh a expliqué qu’il s’agit du fruit d’un échange entre la maison d’édition Triptyque (éditeur de Joël en français) et la maison Signatures (maison anglophone ayant publié notamment Carolyn Marie Souaid). Cette dernière fut l’instigatrice en demandant à Hugh s’il voulait traduire Vétiver pour permettre un échange à 4 titres (Snow Formations > Neiges / Vétiver > Vetiver) : une pratique de plus en plus populaire dans le domaine de l’édition. Le public a demandé à Joël si le fait de voir son œuvre traduite avait changé quelque chose dans sa relation avec les lecteurs, s’il sentait qu’il écrivait différemment maintenant qu’il pourrait être traduit. Il a répondu que selon lui, rien n’a changé car il sent que chacun d’entre nous porte toutes les langues en lui. On a ensuite demandé aux panelistes si la traduction se faisait parfois vers d’autres langues que le français ou l’anglais. Élizabeth a mentionné le Centre international de traduction littéraire de Banff où des groupes de traducteurs et des auteurs des trois Amériques sont conviés chaque mois de juin pour une résidence intensive. Pour participer, il est nécessaire qu’au moins un membre de la paire traducteur-auteur soit rattaché au territoire géographique ou linguistique de l’une des trois régions participantes : Canada, USA, Mexique – français, anglais, espagnol. Hugh Hazelton a d’ailleurs participé à la fois comme traducteur participant et comme modérateur à ce programme. Il est actuellement responsable du recrutement pour 2012-2013.

Une troisième lecture tandem de Vétiver a eu lieu, puis nous avons terminé avec la lecture en anglais d’un poème de Hugh Hazelton et la traduction en français de Jean-Pierre Pelletier.

Élizabeth a conclu en rappelant que l’ATTLC offre chaque mois des conférences-ateliers gratuits dans une maison de la culture de Montréal et qu’il suffit de visiter www.attlc-ltac.org pour en savoir plus.

Liens

Centre international de traduction littéraire de Banff (CITLB) http://www.banffcentre.ca/programs/program.aspx?id=1230

Association des traductrices et traducteurs littéraires du Canada (ATTLC)
http://attlc-ltac.org/

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En première partie de la soirée, des membres de la SLL ont partagé avec l'animatrice Leslie Piché, leurs expériences à titre de traducteur littéraire, d'auteur traduit ou d'éditeur d'ouvrages traduits ou multilingues.

Résumé (voir compte rendu, plus bas)

  • Maxiane Berger : poète et haïjin (haïku, tanka); son recueil How We Negotiate (Enpyreal Press) a paru en français aux Écrtits des Forges, sous le titre Compromis; traductrice, notamment, de poèmes de Patrick Coppens, dans le collectif Le Dépanneur Café, dirigé par Élizabeth Robert
  • France Bonneau : poème traduit vers l'espagnol par Roberto Jovel, pour l'ex-revue des trois Amériques, Ruptures dont l’éditeur était Edgar Gousse et qui a paru entre 1992 et 1998 en français, anglais et espagnol; Hugh Hazelton était membre du comité de rédaction et réviseur.
  • Denis-Martin Chabot : traducteur d'un roman épistolaire (anglais vers français) et romancier traduit vers l'anglais américain; un exemple de réciprocité où auteur et traducteur sont bilingues.
  • Francine D'Amour : son roman Le retour d'Afrique traduit en anglais par Wayne Grady (traducteur de Monique Proulx, Antonine Maillet et autres, qui a reçu le prix de traduction John Glassco); paru chez Douglas & McIntyre; l'auteure a conservé les correspondances par courriel avec le traducteur et l'éditeur.
  • Nancy R. Lange, traductrice de poèmes de Jocelyne Dubois et Brian Campbell (et vice versa pour ce dernier); voir la section «D'une langue à l'autre» du numéro 83 de Brèves littéraires.
  • Aimée Dandois : recueil Cris de silence cils de l'aurore traduit en anglais par Jacqueline Borowick et pubilé en 2009 sous le titre Cries of silence on the fringes of Dawn; les strophes françaises et anglaises juxtaposées sur la même page comptent le même nombre de vers dans chacune des langues, à une exception près.
  • Diane Descôteaux, poète traduite en créole (Haïti pour toujours / Ayiti pou toutan - trad. Elsie Suréna), en allemand (haïku trad. par Monika Thoma-Petit), en japonais (haïku trad. par Aiko Tanimura), en vietnamien (haïku trd. par Nguyên Tân Hung, Dông Phong), en roumain (Au delà du décor / Dincolo de decor, trad. Elisabeta Bogatan) et en russe (poèmes trad. par Svetlana Tragotskaza et al.); exemple d'auteur ne parlant pas la langue de traduction.
  • Marie-Soeurette Mathieu et Aimée Dandois ont toutes deux traduit, lors d'un congrès de l'Association des traducteurs littéraires du Canada, un même poème de Hugh Hazelton; à lire sur Internet.
  • Élizabeth Robert a traduit Walkups, un recueil de nouvelles de Lance Blomgren, et divers textes poétiques parus aux éditions Adage dans des ouvrages qu'elle a respectivement codirigé et dirigé : Troc-paroles / Troc de paraules (français/catalan); Le Dépanneur Café (français, anglais, espagnol).
  • Danielle Shelton a édité un recueil de nouvelles en traduction française (Walkups, trad. Élizabeth Robert) et, en coédition, des collectifs bilingues ou trilingues : Troc-paoles / Troc de paraules (français / catalan); Le Dépanneur Café (français, anglais, espagnol); Traversées Québec Brésil / Travessias Brasil Quebec (français, portugais); Feuilles de soleil / Hojas de sol suivi de Franchir la distance / Reccordiendo la distancia, de feue Yvonne América Truque, dans une taduction de Jean-Pierre Pelletier, une coédition Adage / Enana blanco (dont l'éditeur est Hugh Hazelton).
  • Claire Varin, auteure et traductrice (notamment de Clarice Lispector - portugais vers français - exemple de traduction d'un auteur décédé); traduction pour les ex-revues Ruptures et Trois; des nouvelles de son recueil Le Carnaval des fêtes ont été traduites en italien et en roumain; un poème a paru en italien dans la revue Sagarana, d'autres dans une anthologie bilingue, au Portugal; auteure, avec Danielle Forget et Patrick Coppens, d'un collectif français et portugais (Traversées Québec Brésil / Travessias Brasil Quebec).

 

Première partie : Leslie Piché, animatrice (résumé)

«Le thème de la rencontre d’aujourd’hui est la traduction littéraire. Élizabeth Robert, notre animatrice, est traductrice littéraire et elle connaît fort bien nos invités, Joël Des Rosiers et Hugh Hazelton. L'entretien promet d'être très intéressant. Mais auparavant, je vais résumer les expériences des membres de la SLL qui ont répondu à notre «appel à tous», en lien avec le thème de la soirée. Il y a en effet, parmi eux, plusieurs auteurs dont les textes ont été traduits, quelques traducteurs littéraires et une éditrice qui a publié des ouvrages traduits ou multilingues.

France Bonneau: l'un de ses textes a été traduit vers l’espagnol, pour Ruptures, l’ex-revue des trois Amériques (une publication trilingue: français, anglais, espagnol) qui a paru entre 1992 et 1998 grâce au travail, sans doute trop essoufflant, d’une équipe de bénévoles;  Hugh Hazelton était membre du comité de rédaction et réviseur. Calire Varin dire plus tard y avoir fait paraître sa toute première traduction du portugais.
Nancy R. Lange
: les habitués des micros ouverts Gens de parole au Café Le Signet l’auront entendu lire ses traductions de poèmes de Jocelyne Dubois et Brian Campbell (dont deux ont paru en juin dernier, dans la section «D’une langue à l’autre» du numéro 83 de Brèves littéraires.
Aimée Dandois
: poète dont le recueil Cris de silence cils de l'aurore a été traduit en anglais par Jacqueline Borowick et publié en 2009 sous le titre Cries of silence on the fringes of Dawn; un tour de force: les strophes françaises et anglaises juxtaposées sur la même page comptent le même nombre de vers dans chacune des langues, à une exception près.
Mathieu-Soeurette Mathieu
a rapporté avoir traduit en français et en créole un poème de notre invité, Hugh Hazelton, lors d’un congrès de l’Association des traducteurs littéraires du Canada. Une recherche sur Internet a révélé une surprise. Non seulement le poète lui-même y diffuse-t-il sa propre traduction en espagnol de son texte original anglais, mais une autre membre de la SLL a traduit en français, pour le plaisir de l’exercice, ce même poème: Aimée Dandois. Comme ils sont tous les trois ici, je les ai priés de se livrer devant vous à un petit exercice comparatif. Tout d’abord, nous entendrons le poète Hugh Hazelton lire les deux premières strophes de la version originale anglaise de son poème intitulé: Serra do Roncador (le nom d'une montagne).  Ensuite, Aimée et Marie-Sœurette se succéderont au micro pour vous lire leur traduction de ces mêmes deux strophes.

Hugh Hazelton

     I am coming to you
           down from the mountains
           mist rising in myriad
           pillars from the jungle

     I am coming to you
           on a path through tall, cooling palms
           and giant ferns
           smelling fresh with rain

Aimée Dandois

     Je viens vers toi
           descendant de la montagne
           en piliers
           s'élève
           la brume de la jungle


     Je viens vers toi
           par le sentier
           traversant les grands palmiers
           sous la pluie
           les fougères géantes
           sentent le frais

Marie-Sœurette Mathieu

     Je viens vers toi
          du pied de la montagne
          la brume s'élevant tel d'innombrables

          piliers naissant de la jungle

     Je viens vers toi
          frayant un chemin entre de grands palmiers
          et des fougères géantes
          qui dégagent une fraîche senteur sous la pluie

Merci. Intéressant, n’est-ce pas? Seul le premier vers, Je viens vers toi, fait l’unanimité. Il y a dans la traduction littéraire, une part d’interprétation et une autre que je qualifierais de "liberté d’adaptation" dans le respect de la pensée de l’auteur. Mais comment savoir qu’on ne le trahit pas quand, même dans la version originale, la porte est ouverte aux interprétations? C’est plus facile – on le conçoit aisément –, quand l’auteur parle suffisamment la langue de traduction pour discuter avec son traducteur ou la maison d’édition. Par exemple, Francine D'Amour. Elle n’est pas ici, elle est en voyage, mais elle nous a expédié sa correspondance avec l’éditeur Douglas & McIntyre et le traducteur de son roman Le retour d’Afrique, Wayne Grady (c’est le traducteur de Monique Proulx et d’Antonine Maillet; il a reçu le prix de traduction John Glassco). Francine commente, discute, conteste même, poliment mais fermement ; elle précise que les échanges par courriel ont été complétés par de nombreux téléphones. Même son de cloche pour Denis-Martin Chabot. Parfaitement bilingue, il est journaliste à Radio-Canada, mais aussi auteur et traducteur. Comme Nancy R. Lange, il a expérimenté la réciprocité: il a été traduit par l’auteur dont il a ensuite traduit un roman. En fait, il dira plutôt que les romans ont été adaptés dans une autre langue. Je lui donne la parole.

Denis-Martin Chabot
«Bonsoir. Mon premier roman, Manigances, a été traduit en anglais et publié aux États-Unis. Étant parfaitement bilingue, j'ai supervisé le travail de mon traducteur, Eric Ross. J'avais d'abord fait une première ébauche de traduction. Il a corrigé ma traduction préliminaire et l’a ensuite adaptée en anglais américain. Par la suite, j’ai traduit un titre de Don Bapst, un roman épistolaire inspiré des Liaisons dangereuses de Laclos. Cela se déroule à une époque plus contemporaine, dans le milieu de la mode, des magazines et de la publicité. Les protagonistes sont gais. Les courriels ont remplacé les lettres manuscrites. Le texte était en anglais américain et je l’avais traduit pour le Québec, mais à la demande de l’auteur, je l’ai ensuite adapté dans un français européen. Le titre de 400 pages m'a pris six mois de travail. L'auteur parle très bien français et il a souvent remis en question mes choix. Cette expérience a été réciproque: mon deuxième roman, Pénitences, a été traduit en anglais par Don Bapst. Je crois que le fait que je parle anglais et mes traducteurs, français, a beaucoup facilité le travail.»

Merci Denis-Martin. Prenons maintenant le cas où l’auteur ne parle pas la langue des traducteurs.

C’est arrivé à Diane Descôteaux, poète et haïkiste traduite en roumain, en russe, en allemand, en japonais et en vietnamien. Des haïkus, mais aussi des poèmes classiques et tout un recueil (un prix remporté en Roumanie). On l’a aussi traduite en créole, mais dans ces cas, elle est moins dépaysée car il lui arrive d’écrire dans cette langue. On a envie de lui demander comment on en arrive à être traduite dans ces langues? Et surtout, ce que cela fait de voir des mots qu’on ne peut pas lire, mais on sait qu’ils disent ce qu’on a écrit. Comment dans ces cas, se passent les échanges avec le traducteur? Je laisse Diane répondre.

Diane fait part de ses expériences (pour mieux la connaître, voir Brèves 83, table ronde sur les contraintes littéraires volontaires et Mois national de la poésie 2011). Elle lit ensuite un haïku de Haïti pour toujours / Ayiti pou toutan, en français et en créole.

marché des odeurs
humaines, alimentaires
et d’huiles à moteurs

tout kalte odè
fè mikalaw : moun, sant manje
ak luil motè

Merci Diane. Après «l’auteur qui parle la langue de traduction» et «l’auteur qui ne la parle pas», voyons un exemple où l’auteur traduit est décédé. Cet exemple nous sera apporté par Claire Varin. Je commence par vous raconter son histoire: elle a un jour décidé de faire une thèse de doctorat sur une écrivaine brésilienne disparue, Clarice Lispector. Et elle s’est envolée vers le Brésil après avoir appris la base du portugais à l’université. Aujourd’hui, elle a non seulement soutenu sa thèse, mais elle a si bien appris la langue qu’elle fait des conférences en portugais lors de colloques internationaux sur son auteure de prédilection, en plus de traduire à l’occasion des textes du portugais du Brésil vers le français. Elle a notamment  publié dans la défunte revue Dérives, une traduction d’une nouvelle écrite en portugais, de Clarice Lispector. Plus récemment, elle a contribué à la revue Ellipse, du Nouveau-Brunswick, pour un numéro spécial sur le Brésil, sous la codirection de Hugh Hazelton. À titre d’éditrice, Danielle Shelton a eu le plaisir de travailler avec Claire pour un ouvrage collectif édité en français et en portugais, sous la direction d’une autre membre de la SLL, Danielle Forget. Claire Varin, Danielle Forget et Patrick Coppens, un membre d’honneur de la SLL, sont les trois auteurs québécois de ce collectif bilingue. Danielle Forget n’est pas ici ce soir, elle enseigne à Ottawa. Sois dit en passant, Danielle Forget aussi a vécu au Brésil, y a appris la langue et y a gardé des amis et des relations professionnelles auxquels elle rend encore visite pour des congrès internationaux. Danielle aussi traduit le portugais vers le français. J’invite Claire Varin à nous dire quelques mots de son expérience brésilienne, puis elle et Nancy Lange nous liront un extrait d’un poème de Patrick Coppens paru dans Traversées Québec Brésil, en portugais Travessias Brasil Quebec.

Claire parle de son expérience «Clarice Lispector» et du collectif Traversées Brésil Québec / Travessias Brasl Quebec. Elle lit en portugais un extrait du collectif, la première strophe d’un poème de Patrick  Coppens:
Mots de terre, ou demain la musique (p. 78-79). Nancy R. Lange en lit la traduction dans la langue d'arrivée: le français.

Je vais maintenant présenter l'animatrice de l'entretien qui suivra la pause. Élizabeth Robert a une formation en traduction littéraire. Elle est trilingue: elle parle français, anglais et espagnol. Elle a traduit un recueil de nouvelles du Canadien anglais Lance Blomgren. Le livre a été édité par Danielle Shelton. Une fois la traduction complétée, l’éditrice a remixé les nouvelles, avec l’autorisation de l’auteur. Elle en a changé l’ordre et elle a réorganisé toutes les photographies du recueil, pour une meilleure progression dramatique. Élizabeth a rapporté que l’auteur en a été tellement content, que, pour la réédition du livre dans la langue d’origine, il a non seulement conservé ce nouvel ordonnancement, mais a réécrit certains passages qu’il trouvait plus forts dans la traduction. On a ici l’exemple rare d’un travail éditorial fait à partir non pas de l’original mais de la traduction. Mais revenons à Élizabeth. Elle a codirigé un collectif français-catalan paru en coédition avec un éditeur de Barcelone: Troc-paroles / Troc de paraules. À l'invitation du Gouvernement espagnol, Élizabeth et les auteurs québécois du recueil ont présenté tout son contenu, accompagné de vidéo-poèmes, dans un spectacle en quatre langues offert par le Gouvernement du Québec à l'occasion de la Fiera del libro, l'année où la province était invitée d'honneur (la traduction littéraire fait voyager et les ouvrages multilingues facilitent les coéditions avec des éditeurs étrangers, ainsi que le rayonnement international des auteurs de chez nous). Élizabeth a aussi dirigé pour la maison d’édition Adage un autre collectif multilingue. Le Dépanneur Café, regroupe des textes de 14 poètes, dont deux membres de la SLL: Maxianne Berger et Patrick Coppens, et aussi un poème de notre invité Hugh Hazelton, un texte traduit par lui-même, en français. Nous n’avions pas encore abordé cette question: l’auteur qui se traduit lui-même. Hugh élaborera peut-être sur ce sujet pendant l’entrevue. Dans ce collectif, tous les textes sont présentés en français, qu’il s’agisse ou non de la langue originale. Les textes écrits à l’origine en espagnol ou en anglais sont donc traduits et les versions originales sont en miroir de page. Quant aux textes écrits en français, ils sont traduits en anglais. Une manière, selon Élizabeth, de rendre la poésie francophone plus accessible aux Anglophones. Ne passons pas sous silence l'excellent travail de traduction vers l'anglais de Maxianne Berger, traductrice principale de cet ouvrage, notamment de Patrick Coppens.

En terminant, un conseil de Maxianne: «Si vous traduisez – surtout s'il s'agit d'un essai –, conservez précieusement toutes vos sources et celles des auteurs que vous citez. Et ne traduisez jamais une traduction vers une troisième langue, et encore moins vers la langue d'origine; cela semble absurde, mais cela se rencontre: par exemple, j'ai révisé le travail d'un traducteur qui avait traduit lui-même vers le français une citation en anglais d'un livre intitulé The Jesuit Relations, au lieu de la retrouver dans le texte original français: Les relations des Jésuites.»

Il y aurait encore tant à dire sur les expériences de traduction de nos membres… C’est maintenant le temps de la pause café. Au retour, Élizabeth Robert s'entretiendra avec nos invités: Joël Des Rosiers et Hugh Hazelton.