Café littéraire «tandem» : poésie et art visuel


Comptes rendus des présentations des invitées de la SLL, en première partie de la soirée.

Après avoir exposé quelques-unes de leurs oeuvres, Louise Paradis et Louise Boulay ont complété à tour de rôle la brève présentation de Leslie Piché, présidente de la SLL, laquelle n'a pas manqué de remercier chaleureusement, Monsieur Gaston Therrien, président de la AAAO.

Louise Paradis a expliqué la genèse de ses poèmes-objets, une démarche qui s’est opérée à trois niveaux, littéraire, artistique et socio-affectif. Elle a lu quelques textes: un extrait du prologue du recueil Signes sensibles; Chant du désir, extrait de la Cantate à cœur ouvert; Père comme amour, extrait des Chants élémentaires; et deux textes tirés des Archipels de l’âme, Les orpailleuses et Archipels. Elle a commenté ses poèmes-tableaux, ses livrets d’art et ses poèmes en coffret.

Louise Boulay a parlé de trois réalisations importantes au fil de sa démarche artistique.
1. Une résidence à l’atelier de dessin-peinture du SERNAC, à Fort-de-France, en Martinique, où a eu lieu une rencontre marquante avec le poète Aimé Césaire, dont elle a lu deux poèmes du recueil Moi, laminaire
2. Le projet De Pénélope à Annie Leclerc, 9 hommages, dont elle a expliqué le contexte et  la genèse, puis lu trois extraits de Toi, Pénélope, recueil de la poète muse paru chez  Actes Sud en 2001. Ses neuf tableaux hommages (acrylique et techniques mixtes) ont été exposés à Caen, en Normandie, en 2009, et à la Maison Sir Étienne-Paschal-Taché, à Montmagny, en 2010.
3. Le projet pictural en cours, Couleurs de vents, qui consiste en la création de toiles à partir de 26 phrases poétiques inédites, offertes par autant d'auteurs de l’Outaouais. Elle en a expliqué la genèse et le déroulement, comprenant une nouvelle résidence d’artiste à Caen, à l’espace-musée Yvonne-Guégan à l’été 2011. Elle a poursuivi avec la lecture de quelques phrases du projet , et terminé par la présentation de ses œuvres exposées.

Comptes rendus des présentations des membres de la SLL, en deuxième partie de la soirée.

Francine Allard a exposé trois de ses oeuvres picturales (aquarelle et collage) et a présenté avec humour son art de jumeler l'aquarelle et la calligraphie des mots composant sa poésie ou celle des autres: Marie-Michèle Desrosiers (Beau Dommage) à qui sa mère a offert l'oeuvre de la poète-artiste intitulée Quand Rose va chez son fils; Claude Léveillée, Daniel Bélanger, Gilles Vigneault, Félix Leclerc, Émile Nelligan, Paul-Marie Lapointe. Elle a expliqué la logistique de chaque création en insistant sur la formation des lettres à l'aide d'une plume japonaise, qu'elle intègre à du papier d'Arches, du papier fait main, en y ajoutamt à l'occasion des étiquettes de vins prestigieux ou des sceaux transformés en sesterces romains. L'originalité est certes au rendez-vous!
Généreuse, Francine a aussi parlé de L'antre de Ferron, «ma galerie d'art ou atelier de création situé à Oka, chez moi; les visiteurs y viennent pour s'entretenir de mes créations et écouter ma poésie tout en sirotant un thé exotique (pour prendre rendez-vous: 450 479 8156). J'y vends tous mes ouvrages publiés au cours des vingt dernières années.»

L'Antre de Ferron, atelier-galerie de Francine Allard – détail d'une oeuvre de la poète-artiste


Aimée Dandois a présenté son travail d'écriture inspirée par Stella Pace, une artiste peintre et sculpture, collaboration dont le fruit a paru sous le titre Vie en berne, un beau recueil des éditions du Cidhica. Le vendredi suivant, Aimée lançait ce recueil au Bois Papineau. Les membres de la SLL présents ont pu entendre à cette occasion une oeuvre contemporaine pour violoncelle de la jeune compositrice Maéva, inspirée par le recueil: magnifique cadeau offert à la poète.

Françoise Belu a présenté le livre d'artiste intitulé Le livre des vanités, réalisé par la Tranchefile (Odette Drapeau) et dans lequel ses poèmes accompagnent des estampes numériques de Julianna Joos.

«Lorsque j’ai su que je pouvais participer au Café littéraire que la SLL organisait autour de la thématique du tandem Poésie/Arts visuels, j’ai aussitôt pensé à parler de ma collaboration en tant que poète avec l’artiste en arts visuels Julianna Joos. Nous nous sommes donc installées à la table, Julianna et moi, pour faire la présentation de notre livre d’artiste intitulé « Le livre des vanités » qui a été réalisé en 2008 dans l’atelier de La Tranchefile. Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’ai précisé que je suis aussi artiste en arts visuels, critique d’art et commissaire d’exposition.

Puis, j’ai raconté l’origine du projet : Julianna Joos m’avait contacté pour me demander d’écrire un texte pour le catalogue de l’exposition qu’elle allait présenter à la Warren G. Flowers Gallery du Collège Dawson et j’étais allée voir les œuvres dans son atelier. À peine en avais-je regardé quelques-unes que j’ai accepté avec grand plaisir sa proposition. Alors que Julianna Joos continuait à me montrer ses gravures, j’ai éprouvé un choc devant la série d’estampes numériques intitulée « Vanités ».  Je ressentais le désir, presque le besoin, d’écrire des poèmes sur ces gravures qui parlent intensément de la vie et de la mort. J’ai fait part de mon projet à Julianna Joos qui a suggéré aussitôt que nous fassions un livre d’artiste. Mais elle ne connaissait pas ma poésie et je ne voulais pas qu’elle s’engage ainsi à la légère. Je suis donc retournée le lendemain chez elle pour lui lire quelques-uns des poèmes que j’écris depuis longtemps sur ce thème. Elle a écouté ma lecture dans un grand silence, puis elle m’a dit : "De toute façon, ce n’était pas nécessaire, je savais." Cela a été un plaisir ensuite de choisir ensemble papiers et boîtier pour réaliser Le livre des vanités.

Julianna Joos a complété mon exposé en donnant quelques explications sur les oeuvres en Jacquard qui sont à l’origine des estampes numériques et sur la présence d’un nœud dans toutes les gravures parce que le lien était le thème de toute son exposition. Enfin, j’ai lu quatre des douze poèmes qui composent le recueil : La bougie, Le nautile, Le globe terrestre, La libellule, tandis que Julianna Joos sortait successivement les gravures pour les montrer aux spectateurs.»




 

Nancy R. Lange confiera comment et pourquoi elle multiplie les occasions de s'inspirer de photographies originales, notamment du patrimoine lavallois, pour écrire de la poésie (voir Brèves 82). Elle évoquera également un partenariat avec une aquarelliste pour le projet Margaritas (voir Brèves 83).



Leslie Piché
a proposé de raconter quatre jumelages avec des artistes:
– la photographe Carolane Saint-Pierre, pour l'exposition Développement inclus (voir Brèves 82)
– l'artiste Lisa Tognon, dont Faire Surface 1, une oeuvre de l'exposition Passages, a inspiré le poème Outremer (voir Brèves 82)
– l'artiste Hélène Brunet-Neumann, dont le triptyque Passage 1 a été jumelé au poème Musée d'art populaire (voir Brèves 80)
– le cinéaste Robert Piché, qui a tourné un court métrage autour du poème Ripailles.

Étant en fin de soirée, fort chargée d'ailleurs en images, en réflexions, en mots et en nouveaux visages, Leslie Piché a choisi de ne présenter que le film que Robert Piché, son cousin, a bâti autour de son poème Ripailles. «Toute une correspondance documentée accompagne l'élaboration de ce court film de 15 minutes 25 secondes. Comme un cadeau, ce projet nous a habité, nourri, ému. Écrit sur son mur de Saint-Hyacinthe, il a finalement été effacé par les éléments et les intempéries. La projection a permis de saisir l'émotion des protagonistes, cette joyeuse bande allumée, habitant la nuit jusqu'au lever du jour, inscrivant Ripailles dans leur vie et ainsi, m'inscrivant dans la leur. Maintenant, Ripailles vit ailleurs, dans d'autres coeurs, dont le vôtre peut-être. Merci Robert, Jérôme, et toute la bande.» Le cinéaste, présent à cette projection (une première mondiale!), est venu au micro parler de l'émotion ressentie à la lecture du poème de sa cousine. Lui habituellement peu sensible à ce genre littéraire, a fortement ressenti une urgence à le magnifier dans un film d'art.